C'est la question qui revient chaque fois qu'un jeune parent envisage de reprendre : est-ce que courir en poussant une poussette, ce n'est pas un peu casse-gueule pour le dos et les épaules ? On imagine la posture bancale, les bras tendus, la foulée contrariée. Une étude parue cet été raconte pourtant l'inverse, et de façon assez nette.
Ce que dit l'étude
Des chercheurs ont suivi des parents coureurs et comparé ceux qui poussent régulièrement une poussette de course à ceux qui courent sans. Résultat publié dans la revue PLOS One et relayé mi-août : rapporté à la distance parcourue, le taux de blessures de surmenage est nettement plus bas chez les parents qui courent avec la poussette, de l'ordre de moitié moins.
Ce genre de résultat demande de la prudence. C'est une étude d'observation, elle ne prouve pas que la poussette protège en elle-même. Mais elle démonte une croyance tenace : non, pousser un enfant devant soi n'est pas un facteur de blessure supplémentaire.
Pourquoi ça protège probablement
L'explication la plus vraisemblable n'a rien de mystérieux. On court moins vite. Impossible de partir sur une allure ambitieuse avec vingt kilos devant soi : on s'installe naturellement dans cette allure facile que la plupart des coureurs ont tant de mal à respecter quand ils sont seuls.
S'y ajoutent des sorties plus courtes mais plus fréquentes, calées sur la sieste plutôt que sur un plan d'entraînement. Moins de gros pics de charge, moins de séances héroïques suivies de trois jours de rien. C'est exactement le profil qui préserve les tendons.
Enfin, il y a la régularité. Un parent qui a trouvé un moyen de courir sans dépendre d'un créneau de garde court toute l'année. Et la régularité reste, de très loin, la meilleure protection contre la blessure.
En pratique, sur nos chemins
Le matériel compte. Une poussette de course a trois roues, une roue avant qui se bloque en position droite, des roues gonflables et un frein à main. Une poussette de ville classique n'est pas faite pour ça, et le petit chemin caillouteux le fait comprendre très vite.
L'âge de l'enfant aussi. L'usage courant veut qu'on attende que l'enfant tienne bien sa tête et son buste assis, souvent autour de six mois, et l'avis du pédiatre reste le bon repère. Dans le doute, on demande.
Pour la posture, deux ou trois réflexes suffisent : les coudes restent près du corps plutôt que les bras tendus, on alterne une main puis l'autre quand le chemin le permet, et on garde une main libre de temps en temps pour retrouver un balancement normal. En descente, on ralentit franchement et on ne lâche jamais la poussette.
Pour le terrain, on privilégie les chemins larges et roulants. Les portions étroites entre les rangs de vigne, en revanche, ne sont pas adaptées.
Reprendre après une naissance
Un mot pour les mamans. Le retour à la course après un accouchement se prépare, et le passage par une rééducation du périnée avec une sage-femme ou un kinésithérapeute est la première étape, avant de reprendre les impacts. C'est un avis professionnel individuel, pas quelque chose qui se règle dans un article de blog : parlez-en à la personne qui vous suit.
Une fois le feu vert obtenu, on reprend comme on reprendrait après une longue coupure, à la façon décrite dans notre guide du premier kilomètre : marche rapide, puis alternance marche et course sur des sorties courtes, avec du renforcement à côté.
Et si l'idée d'une sortie du dimanche avec poussette vous tente, dites-le nous. Le groupe part en plusieurs allures, il y a toujours quelqu'un pour le rythme tranquille, et une roue de plus n'a jamais dérangé personne.
